29 août 2016 - inaglobal.fr
par William Demuyter
"Nous disposons d'une quantité énorme de données qui ne fonctionnent dans aucun contexte culturel. Un Européen reçoit, par exemple, l'information qu'à Lomé le chef de l'État a été écarté du pouvoir. Mais il n'a aucune idée de ce que cela signifie. Si c'est bien, si c'est mal. Il ne sait même pas à quoi lui sert cette information, à part à lui embrouiller l'esprit." Ces remarques du grand reporter polonais Ryszard Kapuściński, citées par Philippe Lançon dans Charlie Hebdo du 6 juillet 2016, soulignent ce déferlement d'informations dont nous pouvons aisément faire l'expérience. Sur Facebook et Twitter, le fil d'actualité n'en finit pas de s'étoffer, relayant des informations souvent redondantes. Le passage au numérique de l'information a accéléré les processus de production et de consommation du savoir, complexifiant la compréhension des événements. Une étude conjointe de l'Université de Columbia et de l'Inria montre que près de 60 % des personnes partagent des articles sur les réseaux sociaux sans les avoir lus, illustrant une forme de désintérêt des lecteurs pour cette inflation informationnelle. Pourtant, des solutions existent pour s'informer avec mesure.
La question de la surcharge d'information
Avant même l'essor de l'Internet, de nombreux auteurs ont évoqué le rythme de production des savoirs. Bertram Myron Gross, chercheur américain en sciences sociales, invente en 1962 le concept d'information overload pour signifier un excès d'information. En 1970, le terme est repris par le journaliste et prospectiviste Alvin Toffler dans son livre à succès Future Shock, qui analyse les bouleversements technologiques de l'époque et leurs effets sur les institutions et les comportements sociaux.
Avant même l'essor de l'Internet, de nombreux auteurs ont évoqué le rythme de production des savoirs. Bertram Myron Gross, chercheur américain en sciences sociales, invente en 1962 le concept d'information overload pour signifier un excès d'information. En 1970, le terme est repris par le journaliste et prospectiviste Alvin Toffler dans son livre à succès Future Shock, qui analyse les bouleversements technologiques de l'époque et leurs effets sur les institutions et les comportements sociaux.
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| Slow Philippe Boivin / Flickr / Licence CC BY-NC-ND 2.0 |
Dans un article daté de 1993, le réalisateur et essayiste David Shenk nomme "infobésité" la quantité démesurée d'informations que nous avons à traiter. Puis le terme a été progressivement repris en France par les médias. Caroline Sauvajol-Rialland, auteure de Infobésité : Comprendre et maîtriser la déferlante d'informations, le définit ainsi : "L'infobésité, c'est le fait de recevoir plus d'informations qu'il est possible d'en traiter sans porter atteinte à l'individu ou à son activité. Il n'existe pas de seuil objectif applicable à tout le monde pour le déclenchement de cette pathologie informationnelle, parce que nous ne sommes pas tous égaux du point de vue de nos capacités intellectuelles, en particulier de nos capacités mnésiques."

