3 avril 2017 - Liaisons Sociales Magazine, n° 181
Rubrique A la une
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par Rozenn Le Saint
Les effets du numérique méritaient bien de faire l'objet d'une des dix questions sur la charge de travail du document publié par l'Agence nationale de l'amélioration des conditions de vie au travail (Anact) en octobre 2016. La "délocalisation" du travail est encouragée par les outils de communication, avec la généralisation des smartphones et ordinateurs professionnels, qui "contribue à brouiller les frontières entre le temps de travail et la vie hors travail". Ce nomadisme et "l'éclatement des barrières organisationnelles et spatiales font courir au travailleur du numérique le risque d'un excès d'engagement et donc d'une surcharge préjudiciable à la santé", prévient-elle. Par ailleurs, avec le numérique, des tâches autrefois dévolues à l'employeur s'ajoutent comme réserver ses billets de train en vue d'un voyage d'affaires ou choisir son opérateur de télécommunication pour son forfait professionnel.
Risques de burn-out
Ce qui peut contribuer à déclencher, à terme, une surcharge de travail, parfois même un burn-out ou des syndromes comme le "fomo" (Fear Of Missing Out), peur permanente de rater quelque chose, alimentée par les réseaux sociaux et courriels, selon le Boston Consulting Group. D'autant plus que "la porosité des temps, la déconnexion entre les lieux de conception et d'exécution du travail risquent de rendre inopérantes les méthodes usuelles d'évaluation de la charge de travail", souligne l'Anact. Comment faire respecter la durée maximale de travail hebdomadaire ou de temps de repos quotidien avec le travail à distance ? En 2014, un employé recevait en moyenne 85 courriels par jour et en envoyait 36, indique le rapport de Bruno Mettling rendu en 2015 à Myriam El Khomri et préconisant la mise en place d'un droit à la déconnexion. Ce dernier point consiste notamment à ne pas répondre à ses mails, appels et messages reçus en dehors des heures habituelles de travail. Une proposition également soutenue par la CFE-CGC et les branches représentant les cadres de la CGT et de la CFDT.
Le rapport Mettling pointe aussi "les risques associés à une virtualisation de la relation et à une confusion entre l'urgent et l'important". Avec les courriels, "tout devient urgent et appelle une réponse instantanée. Le flux d'informations s'impose alors qu'il devient difficile d'établir un ordre de priorité dans les tâches à accomplir", signale l'Anact. C'est la "surcharge informationnelle" évoquée par Florence Osty, professeure affiliée à Sciences Po Paris où elle dirige l'Executive Master Sociologie de l'entreprise et stratégie de changement. Surcharge qui empiète aussi sur les autres temps de travail. Sur le site de Salindres (Gard) de Solvay - qui a signé la charte pour l'équilibre entre activité professionnelle et vie personnelle incluant un droit à la déconnexion en 2015 -, le directeur exige que les smartphones soient éteints en réunion, de façon à ce que celles-ci ne traînent pas en longueur parce que les participants ne sont pas focalisés à 100 % sur l'ordre du jour. Les cadres passent la moitié de leur temps en réunion… et la liste des mails à traiter s'allonge.